La mine et le verre sont intimement liés et ont dessiné le patrimoine historique de la ville de Carmaux.

La verrerie

Désireux d'écouler le charbon qu'il extrayait, le chevalier Gabriel de Solages obtient, le 2 mai 1752 un arrêt du Conseil du Roi l'autorisant à exploiter une verrerie. Elle est baptisée le 20 avril 1754 par le curé de Carmaux, qui l'inscrit sur le registre paroissial.

La verrerie se trouve alors sur les terres du château des Solages, elle est bien sûr alimentée par le charbon carmausin et sa production annuelle, de 1758 à 1849, est en deçà des 500 000 bouteilles par an. Les acheteurs se trouvent à Montauban, Toulouse et Bordeaux.

En 1853, l'usine est intégrée à l'Entreprise des Mines et de la Verrerie de Carmaux, de Solages, père et fils ; en 1856, elle est louée à Eugène Resseguier, riche marchand de bouteilles toulousain. Ce dernier, en 1862, achète l'usine et construit une nouvelle verrerie à proximité de la gare de chemin de fer. Elle est rebaptisée Verrerie Sainte-Clotilde.

En 1882, la verrerie emploie environ 300 ouvriers et produit quotidiennement 21 000 bouteilles. Les verriers sont payés en fonction du nombre de bouteilles soufflées chaque jour ; « la fabrication du verre était l'apanage d'un prestigieux corps de métier qui offrait des salaires élevés en même temps qu'un statut social spécial. » J. Wallach Scott.

 

Modernisation et grève

En 1884, Resseguier modernise l'usine en faisant installer un four Siemens), et fonde la Société Anonyme des Verreries de Carmaux. Afin de faire face au problème de la mécanisation et de défendre leur corporation, 300 ouvriers décident de créer la chambre syndicale des verriers de Carmaux.

En 1895, le licenciement d'un ouvrier syndiqué entraîne une grève des verriers qui eut de grandes conséquences pour le mouvement ouvrier en France. Malgré l'intention des ouvriers de reprendre le travail, Resseguier impose le lock-out.

Jean Jaurès, député de Carmaux, demande l'arbitrage du gouvernement puis l'interpelle à la Chambre des Députés, mais en vain. Face à l'intransigeance de Resseguier, les grévistes, soutenus par Jaurès, envisagent alors la création d'une nouvelle verrerie. « Il faut vivre. Il faut que vous viviez... Il y aura une verrerie aux verriers où trouveront un abri ceux que l'arbitrage patronal veut chasser et affamer », écrit alors le député.

Des souscriptions sont lancées dans tout le pays pour constituer le capital qui est divisé en 5000 actions de 100 francs chacune. Une généreuse donatrice, Mme Dembourg remet une somme de 100 000 francs, qui permet l'achat du terrain. En son honneur, les verriers demandent à ce que son nom soit celui de l'avenue menant à la verrerie.

La construction est lente et difficile, émaillée d'énormes sacrifices, car les verriers s'improvisent maçons et charpentiers. Enfin, en octobre 1896, la verrerie ouvrière d'Albi peut commencer à produire. Par ses statuts et le mode d'attribution de ses actions, elle appartient, cas unique dans l'histoire économique et sociale française, au prolétariat français tout entier.

Ce n'est qu'en 1931, qu'elle rentrera dans le rang en devenant parmi d'autres une société coopérative ouvrière de production. Elle existe encore de nos jours. A Carmaux, la même année, la verrerie Sainte-Clotilde ferme définitivement ses portes.

 

En savoir plus :

- Le site web du  Musée/Centre d’art du verre de Carmaux

- Le site de la  VOA / verrerie d’Albi

- Le site web des archives de la ville de Carmaux